Harraga : roman / Boualem Sansal

Livre

Sansal, Boualem (1949-....)

Edité par Gallimard. Paris - 2005

Lamia, pédiatre dans un hôpital d'Alger, vit seule dans une maison délabrée. Les codes étouffants de l'islam, la corruption généralisée, l'ignorance et le fatalisme du peuple algérien la maintiennent dans un état de rage silencieuse. Sofiane, son jeune frère, qui ne rêve que d'atteindre l'Occident, vient de disparaître. Un matin, une jeune fille, Chérifa, débarque chez elle.

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Avis

Avis des lecteurs

  • HArraga 4/5

    « Je ne connais pas d’Algérien qui ne parle pas d’espoir cent fois par jour en étant assis. Non, je n’en connais pas. Je me demande ce que veut dire ce mot. » (P. 56) » Lamia, la narratrice travaille dans un hôpital en qualité de pédiatre et vit dans une maison ancienne coincée dans une vieille rue d’Alger. Une maison toute de guingois qui n’a jamais connu l’angle droit ! Une maison qui, au fil du temps, s’est transformée, chaque propriétaire l’ayant modifiée à son goût...tous n’ont pas eu cependant la même définition du patrimoine architectural et du bon goût ! ...un peu comme cette Algérie, qui aurait tout pour être un beau pays...si génération après génération une politique lucide et ambitieuse avait été mise en place et suivie, par les pouvoirs successifs, au profit de la jeunesse. ...puis un jour, Lamia fait la connaissance de Chérifa...une jeune femme un peu fantasque,...et enceinte …. une jeune prostituée. L’avortement est interdit ! Lamia lui a permis de surmonter ses angoisses, des angoisses qui l’incitaient à tout quitter ...par le suicide. Mais parallèlement à cet aspect « roman », de ce titre, Boualem Sansal développe d’autres points bien plus sociologiques et politiques, coups de sang sans aucune complaisance présentant la vie en Algérie : vie des jeunes hommes ou des jeunes femmes en Algérie, Les hommes de tout âge sont en chasse perpétuelle…..alors les jeunes filles tombent enceintes. Elles devront alors se débrouiller seules...car elles n’ont que bien peu d’aides à attendre du pouvoir, des lois ou des familles qui les rejettent ! Il n’y a pas de foyers pour accueillir ces jeunes filles enceintes ! Jeunes hommes et jeunes femmes n’ont qu’une seule idée en tête : rejoindre l’Europe par tous moyens...être des « Harragas » qui tenteront de traverser la Méditerranée, ou l’Espagne par tous moyens ...Rejoindre le rêve ! Tous, loin de là ne réussissent pas le passage des frontières et certains doivent affronter le racisme entre migrants au cours de ce voyage risqué. Ce titre évoque également à plusieurs reprises cette hypocrisie dans l’éducation des enfants, les différences entre droits et devoirs accordés ou attendus de la part des jeunes hommes d’une part et des jeunes filles d’autre part. Les jeunes filles enceintes n’ont que très peu de possibilités d’accueil en foyers et rares sont les foyers parentaux qui accepteront leur condition. Ce titre évoque également les colonisations anciennes, française d’une part et présence turque d’autre part, et leurs apports culturels dans la vie algérienne...et ce n’est pas le moindre …. le miroir aux alouettes que constitue l’Europe. Nombreux sont les jeunes qui disparaîtront à tout jamais...perdus dans ce Sahara ou ailleurs en tentant ce voyage risqué vers leur idéal de vie. Une association des jeunes et familles a été constituée en Algérie afin de rechercher des jeunes en détresse portés disparus dans l’émigration clandestine. Cette présentation de la vie algérienne, ce coup de gueule ne doivent pas beaucoup plaire au pouvoir…L’actualité nous le confirme. Il faut du courage, beaucoup de courage pour témoigner. Boualem Sansal doit être soutenu dans le combat qu’il mène depuis sa cellule.

    L3796350138 - Le 28 janvier 2025 à 17:42